La légende de Vishnou
Kûrma la tortue, son histoire dans la mythologie Hindoue

Kûrma est l’un des avatars de Vishnou, une forme qu’il prend pour pouvoir interagir de manière directe sur le monde physique.

La trinité hindoue comprend trois dieux qui symbolisent les aspects indispensables à la création du monde. Ces dieux sont Brahma, la puissance créatrice, Vishnou la puissance qui relie et Shiva la puissance destructrice (dans l’idée de transformation).

Vishnou, en tant que force qui relie, est le Centre, la Source. Il est cette puissance qui permet l’existence et l’entretient de toutes choses, de toutes vies dans la continuité. Il est ce pouvoir qui tient l’univers assemblé et qui garantit la stabilité des mondes.

Il est souvent représenté en train de dormir sur un serpent nommé Shesha ( qui signifie Vestige, c’est-à-dire ce qu’il reste de l’ancien monde. Le terreau, la base qui permet la continuité et l’élaboration d’un nouveau monde) mais il ne dort pas, il rêve. Et c’est dans cet état qu’il conçoit de prochains mondes.

La descente de Kûrma

Au commencement de l’univers, suite à un grand déluge, les choses les plus précieuses dont l’Amrita (la liqueur d’immortalité) furent perdues au fond d’un gigantesque océan de lait.

Les Deva (dieux) et les Asura (démons) qui se disputaient alors le pouvoir sur l’ordre du monde et donc sur les trésors enfouis durent unirent leurs forces sous les ordres de Vishnou afin de baratter l’océan de lait pour que l’Amrita puisse remonter à la surface et être récupéré.

Pour se faire ils employèrent le grand serpent Vestige comme une corde et la montagne Mandara (mont Meru) comme manche mais pour pouvoir arriver à leur fin sans que la montagne tombe, Vishnou dû intervenir sous la forme d’une tortue (Kûrma) et descendre au plus profond de la mer pour servir de support, de socle à la montagne.

Ainsi la transformation de l’océan de lait pu avoir lieu de manière efficace et intelligente grâce à Kûrma qui apporta la stabilité nécessaire et aux mouvements du mont Méru mis en action par les Deva et les Asura avec l’aide du serpent vestige.

Et c’est dans cette alliance que firent surface les précieux trésors dont l’Amrita et aussi kalakuta (le poison)
Si l’Amrita offrit aux Deva l’immortalité, kalakuta en tant que poison destructeur de l’univers offrit aux Deva la plus importante prise de conscience indispensable à l’équilibre du monde. Autrement dit, les dangers de l’ego.

En effet, leur quête pour obtenir l’immortalité à tout prix, ce désir insatiable d’acquérir ce pouvoir de toute puissance sur la maîtrise du monde généra la menace de la destruction de l’univers alors qu’ils sont censés être garant de sa stabilité. Ainsi ils prirent conscience de leurs parts d’ombres et des dangers de ne pas les prendre en considération.

Ebranlés par cet enseignement, ils demandèrent alors l’aide de Shiva qui aspira le poison sans l’avaler. Toute une nuit durant les Deva chantèrent et dansèrent pour aider Shiva à rester éveillé afin qu’il réussisse à garder le poison dans sa gorge sans l’ingérer et qu’il puisse sauver ainsi l’Univers.

Au matin, le poison se transforma et pour que tous se souviennent les dangers de n’écouter que son orgueil, Shiva devint complètement bleu.

Les Déva purent commencer à veiller à la préservation de l’ordre du monde sans attente de reconnaissance, de victoires personnels, d’attentes ou de gloire.

Kûrma signifie aussi « œuvre » car en tant que socle, elle est les fondations nécessaires, la base de toutes œuvres de la Création

Le Mârkandey Purâna (un texte sacré hindou) décrit le continent indien comme reposant en permanence sur le dos de cette tortue géante qui est vishnou

Le sens de l’histoire

Ce que je comprends de ce Mythe c’est que l’océan représente notre monde intérieur et inconscient empli de nos émotions, de nos croyances, de notre histoire, de nos sentiments. Les trésors enfouis au fond de cet océan sont nos talents, nos potentiels, nos richesse intérieur. L’Amrita est le Soi, notre Etre véritable. Le poison est l’ego, notre moi qui agit bien souvent de manière inconsciente en répétant des schémas destructeurs, ce moi qui se croit seul à exister et qui désire le plein pouvoir, le contrôle, la toute-puissance.

Barater l’océan de lait c’est dans l’action de l’effort faire remonter à la surface ce qui est caché en nous. Kûrma représente l’importance capitale d’avoir un socle solide pour cette entreprise, des racines qui nous permettent de tenir debout, de ne pas se laisser submerger par les flots.

Lorsque sont mis à jours les trésors et les poisons qui nous habitent nous pouvons nous rendre compte qu’il existe en nous ainsi qu’en toute chose, l’ombre et la lumière. Nous pouvons alors réaliser que si nous nous soucions uniquement de la lumière, l’ombre risque de prendre le dessus de manière destructrice pour nous-même, pour notre entourage et, comme tout est lié, pour notre monde.

La lutte de Shiva pour ne pas se décourager et ne pas sombrer dans le sommeil afin d’éviter d’avaler le poison nous montre que la transformation de nos ombres se fait dans la persévérance, la patience et l’effort.

Cette histoire démontre l’importance de commencer par œuvrer d’abord sur soi, que c’est le seul moyen d’amener plus d’équilibre, de justice et d’enchantement dans le monde.
Aurore

Sources:

– Mythes et Dieux de l’Inde, Alain Daniélou. Ed. Champs
– Le symbole du serpent dans l’hindouisme indeenfrance.com
– http://www.yoganova.fr/autopsie-symbolique-dune-posture-ii-bhujangasana-le-cobra-qui-se-cabre-en-kurma-meru/